Début janvier 2026, la Camargue s’est figée sous le souffle du vent et la morsure du froid. De puissantes rafales, atteignant par moments 70 km/h, ont balayé la plaine, tandis que les températures ressenties plongeaient bien en dessous de 0 °C. Une atmosphère rare dans les Bouches-du-Rhône, qui a transformé, l’espace de quelques jours, le visage des paysages camarguais.
Aux Marais du Vigueirat , l’hiver s’est fait œuvre d’art. Les grandes lagunes, d’ordinaire animées par le clapotis de l’eau et le va-et-vient des oiseaux, se sont couvertes d’un voile de glace. De fines plaques translucides s’étendaient au petit matin, saisissant reflets et lumières dans une alchimie éphémère. « De telles images sont assez rares ici », confie Leïla, conservatrice du site. En effet, les marais, qui profitent habituellement d’un climat tempéré et humide, sont peu exposés aux vagues de froid aussi marquées.
Pour les visiteurs comme pour l’équipe de terrain, le spectacle était fascinant : concoctions de lumière et de givre, herbes figées, eau immobile comme sculptée par le vent. Les roseaux se sont ornés de cristaux, les sentiers ont craqué sous les pas – et tout semblait suspendu, silencieux, dans une parenthèse glacée.
Mais la nature, elle, continue de s’adapter. Les sarcelles d’hiver , les canards souchets, les flamants roses et les grues cendrées ont ajusté leurs comportements, patinant parfois sur la glace ou se regroupant sur les poches d’eau libre conservées liquides. Les plus fragiles ont trouvé refuge dans les zones d’eau plus profondes ou à l’abri du vent, tandis que les rapaces profitaient d’une visibilité accumulée sur leurs proies.
Ce grand froid, aussi bref soit-il, rappelle combien les marais sont vivants et changeants. Chaque saison y compose un nouveau tableau, révélant toute la richesse et la résilience de la biodiversité camarguaise.
Et lorsque le soleil reviendra, la glace se dissipera doucement, restituant aux eaux leur mouvement et aux oiseaux leurs reflets. Resteront les images, rares et précieuses, de ces instants où les Marais du Vigueirat se sont faits miroir de l’hiver.











