Du 16 au 22 avril 2026, une opération de comptage du butor étoilé a mobilisé les équipes des Marais du Vigueirat, au sein de la Réserve naturelle nationale et sur des terrains privés limitrophes. Pilotée par Clément Pappalardo et Grégoire Massez, cette campagne a réuni au minimum huit observateurs sur la semaine, couvrant plusieurs secteurs stratégiques des marais. Ces suivis s’inscrivent dans un contexte national tendu pour l’espèce, avec un comptage exhaustif prévu en 2026 dans le cadre du nouveau Plan national d’actions (PNA).
Portrait d’un héron opportuniste et discret
Un peu plus petit que le Héron cendré, le Butor étoilé (Botaurus stellaris) est un héron trapu, mesurant de 70 à 80 cm de long et d’une envergure de 1m à 1,30 mètre. Il possède un plumage brun doré tacheté et rayé de noir qui lui donne son qualificatif d’“étoilé” et des pattes verdâtres. Sa tête est surmontée d’une calotte noire et deux moustaches noires encadrent son bec en forme de poignard, également verdâtre.
Cet oiseau discret est difficile à observer du fait qu’il se camoufle parfaitement avec la végétation palustre où il évolue. En cas de danger ou de dérangement, il adopte un comportement typique : il étire son cou et pointe son bec vers le ciel. Son plumage cryptique se confond alors avec les roseaux. Le butor étoilé reste un maître absolu du camouflage dans les roselières denses. La longévité maximale du Butor étoilé observée grâce aux données de baguage est d’environ 11 ans.
Polyvalent dans son alimentation, il capture poissons, écrevisses, amphibiens et tout ce qui remue dans l’eau peu profonde. Sa nidification, souvent au ras de l’eau dans des roseaux secs, le rend vulnérable aux fluctuations hydrologiques.
Le nombre de mâles chanteurs a chuté drastiquement, passant d’environ 300 à la fin du Plan National d’Actions 2008-2012, à un seuil critique de 100 individus en 2023. Le Butor étoilé est classé « Vulnérable » sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France métropolitaine (UICN France et al. 2016). Il doit donc faire l’objet de mesures de conservation pour protéger son habitat et améliorer ses conditions de reproduction.
Protocole d’écoute pointu et collaboratif
Chaque session d’écoute organisée pendant cette semaine spéciale a duré 10 minutes, répétée sur quatre points d’observation distincts généralement le soir.
Les observateurs, formés à repérer le chant sur la base de leur expérience accumulée, cartographient les signaux pour éviter les doublons ou triplons.
La triangulation, à partir de cartes précises, permet d’estimer la position des mâles au sein des vastes roselières, un exercice complexe où l’oreille prime sur la vue. Le 25 avril au soir, une session avec Clément Pappalardo a permis de confirmer cinq butors actifs.
Le “boom”, symphonie nuptiale du géant des roseaux
Le chant emblématique du butor, surnommé “boom” d’après l’anglais “booming”, résonne surtout une heure avant le lever du soleil et une heure après la tombée de la nuit. Ce son grave, amplifié jusqu’à 3 km par le cou hypertrophié de l’oiseau (qui représente 60% de sa masse en période nuptiale), sert à la séduction des femelles et au marquage territorial.
Polygame et peu impliqué dans l’élevage des poussins, le mâle devient alors bleu et violet, transformant son anatomie en une caisse de résonance naturelle. Hors saison, il reste muet.
Ecoutez le chant du butor étoilé (montez le son)
Un bastion méditerranéen irremplaçable
En 2023, le département des Bouches-du-Rhône concentrait plus de la moitié des effectifs de mâles chanteurs de Butors étoilés connus en France avec 51-52 individus. Les Marais du Vigueirat abritent 25 à 30 mâles chanteurs, soit environ 20 à 25% des effectifs nationaux, grâce à une gestion exemplaire de l’eau et des habitats.
Ce site camarguais surpasse les autres bastions comme la Brenne, la Baie de Somme ou l’estuaire de la Seine, où les roselières sont aussi essentielles mais plus fragmentées. La population méditerranéenne représente les deux tiers des effectifs français, soulignant l’importance vitale de la région PACA pour la survie de l’espèce.
La densité exceptionnelle du Vigueirat résulte d’actions ciblées : restauration d’îlots, contrôle des niveaux d’eau et préservation des roselières contre l’atterrissement ou la surpâture. Grégoire Massez, animateur régional du PNA, coordonne avec ses collègues ces efforts pour contrer les menaces comme la suppression de végétation pour la pisciculture.
Source ou puits : l’enjeu démographique clé
L’objectif principal de ce comptage est de savoir si les Marais du Vigueirat sont un “site source”, produisant des jeunes viables, ou un “site puits”, attractif mais stérile pour la reproduction ? Cette distinction oriente les priorités de conservation, comme le renforcement des habitats ou la connexion entre sites.
En 2025, les suivis quasi-continus depuis le PNA 2008-2012 ont affiné les données, préparant le recensement exhaustif de 2026. Aux Marais, ces comptages s’intègrent à une stratégie plus large, incluant la lutte contre les espèces invasives et la sensibilisation publique via les visites guidées. L’espèce, nicheuse précoce revenue dès la fin des gelées, dépend de milieux humides stables pour perdurer face au réchauffement et à l’urbanisation.
Un espoir fragile dans la Camargue
Malgré ces avancées, le butor reste en voie d’extinction sur sa population nicheuse française. Les Marais du Vigueirat, avec leurs milliers d’hivernants et migrateurs, incarnent un modèle de gestion réussie, mais appellent à une vigilance accrue. Ces comptages printaniers rappellent que la préservation de tels bastions est cruciale pour l’avifaune européenne.










