Depuis plus de trente ans, une relation singulière unit les Marais du Vigueirat et l’association Les Blongios, basée à Lille. Une histoire faite de rencontres, de solidarité et d’engagement concret pour la préservation des milieux naturels, qui débute en 1991 sous l’impulsion notamment de Grégoire Massez.
À l’origine, ce partenariat prend forme autour de chantiers bénévoles. Les premières interventions concernent la création d’aménagements indispensables à l’accueil du public et à la découverte du site : pose de platelages, participation à la construction d’observatoires en bois. Sur les sentiers de l’Etourneau, l’une d’entre eux porte d’ailleurs le nom de l’association. Très vite, les bénévoles s’attaquent aussi à des travaux plus exigeants, comme l’arrachage de la jussie, plante invasive particulièrement difficile à maîtriser dans les conditions estivales camarguaises, entre chaleur intense et nuées de moustiques.
Au fil des années, les missions se diversifient pour répondre aux enjeux de gestion du site. Aujourd’hui, les chantiers proposés incluent notamment l’arrachage de cannes de Provence, des travaux sur les mares temporaires ou encore la coupe de tamaris pour éviter la fermeture des milieux. Autant d’actions concrètes qui participent directement à la préservation de la biodiversité et des paysages.
Derrière ces chantiers, ce sont avant tout des femmes et des hommes engagés. Chaque année, entre 15 et 20 bénévoles des Blongios viennent prêter main forte aux équipes des Marais du Vigueirat. Ils consacrent une à deux semaines de leurs congés, se déplacent à leurs propres frais, pour participer à ces actions. En contrepartie, ils sont accueillis et hébergés sur le site, dans des conditions simples mais conviviales.
Leur motivation est multiple : travailler aux côtés des gardes gestionnaires, se rendre utile à l’entretien d’un espace naturel remarquable, contribuer à préserver la beauté des paysages, mais aussi s’inscrire dans une démarche d’éducation populaire et d’engagement collectif. Les profils sont variés — étudiants, naturalistes, salariés ou cadres issus de tous les secteurs — et les âges s’étendent de 18 à 78 ans, avec une parité équilibrée entre femmes et hommes. Souvent, ces bénévoles ne se connaissent pas avant leur arrivée, mais partagent le désir de vivre une expérience humaine forte et porteuse de sens.
Aucune sélection stricte n’est opérée, même si les participants sont informés en amont de la réalité des conditions : chantiers physiquement exigeants, chaleur, moustiques et hébergement parfois spartiate. Mais l’effort est largement compensé par l’expérience unique qu’offre le site. Travailler au cœur du site du Cassaïre, bercé par les chants du loriot d’Europe, des guêpiers ou de la huppe fasciée, constitue pour beaucoup un souvenir marquant.
Pour les bénévoles venus du nord de la France, l’ampleur des Marais du Vigueirat — près de 1 200 hectares — contraste fortement avec les sites sur lesquels ils interviennent habituellement, souvent limités à quelques centaines d’hectares. Cette immersion dans un espace d’une telle richesse écologique est aussi une source d’apprentissage et d’émerveillement.
Figure centrale de cette aventure, Denis Lagache, animateur technique et pédagogique des Blongios, accompagne ces chantiers depuis plus de 16 ans, le plus souvent lors des vacances d’avril. Témoin privilégié de l’évolution du site, il a vu les marais se transformer au fil du temps, notamment sous l’effet du dérèglement climatique : épisodes de pluies intenses, sécheresses plus marquées, modification des équilibres écologiques.
Malgré ces défis, l’engagement reste intact. Ce partenariat, fondé sur la confiance, le partage et l’action, continue de s’inscrire dans la durée. Tous espèrent aujourd’hui qu’il se prolongera encore de nombreuses années, au service de la préservation des Marais du Vigueirat et des valeurs qui les animent.


















