Les Marais du Vigueirat ont été submergés à la mi-octobre par un épisode méditerranéen d’une intensité exceptionnelle. La remise en eau automnale des marais n’est pas à l’origine de l’inondation : celle-ci résulte d’apports d’eau massifs venus de tout le bassin versant et de surverses des canaux qui encerclent le site.
Une pluie d’une intensité inédite
Les précipitations ont débuté le lundi 19 octobre 2026 matin à Mas-Thibert, avant de s’intensifier jusqu’à un pic entre 3 h et 8 h dans la nuit du lundi au mardi. La pluie s’est poursuivie toute la journée du mardi, ne cessant que vers 20 h.
Les pluviomètres du site n’ont pas suffi à mesurer l’ampleur de l’événement : plus de 200 mm sont certains en 24 heures, avec des estimations pouvant dépasser 300 mm. Un volume de précipitations qui, seul, explique déjà largement la crise hydraulique.
Des canaux sous pression
Le canal du Vigueirat a continué de monter pendant près de 24 heures après la fin des pluies. Il a atteint sa cote maximale le jeudi 22 octobre à 4 h, à + 1,70 m NGF, avec un débit de 40 m³/s.
À ce niveau, l’eau a franchi les digues en de nombreux points, provoquant des surverses et une dégradation importante des berges, sans former toutefois de véritables brèches. Le canal d’Arles à Bouc, à l’ouest du site, a lui aussi connu une montée exceptionnelle.
Ces deux canaux drainent les eaux d’un vaste territoire : le Plan du Bourg, le nord des Alpilles et la Crau. Le canal du Centre-Crau, qui rejoint le Vigueirat au niveau de Ligagneau, a en outre apporté d’importants volumes venus de Crau, accélérant le remplissage de la partie est du marais.
La remise en eau automnale avait bien été engagée début octobre, comme chaque année, lorsque le seuil fixé par les gestionnaires est atteint. Mais, au moment de l’orage, les bassins ne contenaient en moyenne que 30 cm d’eau : ils étaient donc loin d’être pleins.
L’équipe gestionnaire a même anticipé l’épisode en laissant ouverts les ouvrages de remplissage et en activant la pompe Étourneau afin de commencer à évacuer l’eau présente au nord du site, notamment près des sentiers ouverts au public.
L’inondation est donc venue de l’extérieur : l’eau est entrée dans le marais par surverse au-dessus des digues du canal du Vigueirat, mais aussi par des fuites au niveau de prises d’eau, sous la pression de masses d’eau exceptionnelles. Le canal d’Arles à Bouc, normalement utilisé pour vidanger le site, était lui-même trop haut pour permettre tout écoulement.
Le canal d’Arles à Bouc constitue l’unique exutoire vers la mer d’un vaste bassin versant d’environ 900 km², qui regroupe notamment le Vigueirat, le sud des Alpilles, la Chapelette et le centre de la Crau. Après des pluies exceptionnelles de 200 à 400 mm en 36 heures, cette sortie unique s’est révélée insuffisante pour évacuer rapidement les eaux, expliquant la lenteur de la décrue.

Un rôle d’éponge pour le territoire
Les Marais du Vigueirat ont absorbé une très grande quantité d’eau. Ce stockage a probablement contribué à limiter une inondation plus grave sur les secteurs voisins.
Mais la capacité d’évacuation est restée très insuffisante face au volume reçu. Les pompes Alta, bien que mobilisées, ont eu un effet négligeable au regard de la quantité d’eau présente. Lorsque le canal d’Arles à Bouc a commencé à baisser, plusieurs ouvrages de vidange ont été ouverts, sans permettre une décrue rapide : les installations ne sont pas dimensionnées pour un événement de cette ampleur.
Des conséquences concrètes
Dès le mercredi matin, le parking des visiteurs, le platelage devant l’accueil et plusieurs bâtiments étaient sous l’eau. L’équipe a dû réaliser un état des lieux progressif, en veillant à ne pas exposer les salariés à des conditions dangereuses, tandis que de nombreuses routes inondées perturbaient les accès depuis Arles et Saint-Martin-de-Crau.
Les enjeux pastoraux ont également été majeurs : bovins et équins présents sur le site ont été confrontés à l’inondation des bassins. Certains éleveurs ont commencé à évacuer leurs troupeaux lorsque les terres redevenaient accessibles, et l’affouragement a été autorisé exceptionnellement, alors qu’il est habituellement interdit par les conventions pastorales.
Plusieurs jours après l’épisode, l’eau continuait encore de monter dans le marais, avant une baisse timide à partir du samedi 24 octobre. Les gestionnaires estiment qu’il faudra encore plusieurs jours pour retrouver une situation hydraulique normale.
Ce qu’il faut retenir
La situation actuelle s’explique donc par une conjonction de facteurs : des pluies méditerranéennes extrêmes, des apports venus de la Crau et des Alpilles, la montée simultanée de deux canaux, des surverses au-dessus des digues et une capacité d’évacuation largement dépassée.
Dans ce contexte, le marais a probablement joué un rôle, non quantifiable, de zone tampon, en retenant d’importants volumes d’eau.
De mémoire de gestionnaire, un tel phénomène n’avait jamais été observé depuis les années 1980, même lorsque, avant le classement en réserve naturelle, le gestionnaire avait fait ouvrir à deux reprises une brèche, en 2003 puis en 2011, pour accueillir les eaux. Cette fois, l’ampleur du phénomène et l’importance des surverses étaient telles qu’une brèche n’aurait rien changé.





